A comme Augustine

C’était dans une campagne bien moins développée que celle d’aujourd’hui, dans le village de Châteauneuf, situé à Guéhenno, où vécurent une partie de mes ancêtres, tous laboureurs sans exceptions, ni bourgeois, ni noble, que la Confrérie des Anges me muta, pour un retour en sol celte, ainsi que pour un voyage temporel…

Ma peau n’était plus la même, ni mon visage d’ailleurs, pour être général, mon corps tout entier ; j’avais emprunté celui d’un autre individu, d’une autre espèce…

Je volais parmi les cieux, en direction d’un bel étang, afin de m’y abreuver. Mes ailes caressèrent gracieusement les végétaux, l’air continuait de se frotter à mon visage, si le terme est accepté.

Tout était différent, sauf la forme des lieux, enfin ; ce que j’avais connu avant ma mutation !

L’eau se fit une place dans mon organisme, tandis que la soif disparaissait progressivement. Au même instant, je vis non loin de l’endroit où j’étais, un gros chêne, qui serait pour moi un formidable poste d’observation, où je prendrais plaisir à les regarder, sans qu’ils ne s’en rendent compte, eux les paysans de Guéhenno se fiant aux apparences que je leur renvoyer !

A quatre mètres environ de l’arbre, se tenaient une femme, que je ne tardai pas à reconnaître grâce à l’enfant qu’elle protégeait, telle une poule couvant ses poussins. Sa fille se nommait Augustine, et moi je m’appelais Maëlann, je connaissais son nom, ses prénoms aussi, tandis que pour elle je n’étais rien d’autre qu’un oiseau tuant le temps…

Jeanne était le prénom de sa mère, Coquentif, demeurait son nom de naissance, Charlo par son mariage.

De plus en plus je m’angoissais, qu’allais-je leur dire, à Augustine ma arrière-grand-mère, et Jeanne sa mère ? Je savais dans les grandes lignes ce qu’elles vivraient, seules les deux femmes en connaissaient l’intégral, du moins de ce qu’elles avaient déjà vécu. Je réfléchissais toujours alors que cependant, je savais que dire, craintif pourtant, d’être ridicule face à elles.

Enfin je me lançai, mon rythme cardiaque s’accélérait, ma voix ne parvenait à se faire entendre ; j’avais oublié que je n’étais qu’un oiseau, et que les oiseaux ne peuvent parler comme je le faisais lorsque j’étais humain.

Mais ignorant à nouveau, qu’il me faudrait avant tout, apprivoiser mon corps, je volai jusqu’à l’eau de l’étang, et puis j’y plongea…

Augustine semblait émerveillée, alors elle fit de même, au grand énervement de sa mère. Elle tenta de m’attraper, ce que je ne refusai pas bien entendu !

Je ressenti ensuite, sa peau sur la mienne, et puis ce regard, le sien, doux et insouciant, celui d’un enfant jeune encore. J’aurai voulu la prévenir, comme le font les médiums, que ce qu’elle vivrait, ne serait pas digne de facilité, ce qu’elle affrontera, de dures épreuves, la rendra de plus en plus Femme.

Je la regardais encore, la décevoir de sa vie n’était pas mon but, la protéger le demeurait peut-être, mais encore fallait-il pour moi, savoir comme m’y prendre… Elle qui n’était pas encore marié, comment lui avoué qu’elle perdra son fils, des suites de la Guerre d’Algérie ?

Et puis soudainement, alors qu’elle me tenait dans sa main, je repris forme, redevenant cet individu, de la même espèce qu’elle, possédant d’elle du sang…

Je devins du fait, plus grand qu’elle, et son regard ne fut plus le même ; elle vit en moi ce garçon qui lui ressemblait, sans comprendre pourquoi…

Ma voix était revenue, mais je ne pouvais encore, lui faire part de la vérité, sur un mystère que demeure sa vie. Mes lèvres se posèrent sur son front, un baiser lui fit offert. Augustine resta là, dans l’étang, tandis que je disparaissais, telle des cendres se dissimulant parmi le vent.

Pas un « au revoir », juste un baiser, synonyme d’adieu. Car ni moi ni elle, ne devions nous rencontrer, nos chemins si loin dans le temps, ne devaient se croiser.

Il s’agit d’un rêve que j’aurais aimé vivre, dans mon sommeil ou dans ma vie réelle.

A Augustine

 

 

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